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La culture

October 1, 2016

Pour ce 20e anniversaire des Journées de la culture, j'aimerais partager avec vous un texte magnifique de mon ami Nicolas Cousineau, rédigé au moment où les Conservatoires étaient menacés de fermeture, en 2014. J'aimerais remercier Nicolas pour sa générosité, ses observations et l'art dans sa façon d'évoquer ce grand voyage. Eugénie David

La culture

 

 

 

 

 

 

PAR 

Nicolas Cousineau

 

Un jour, un geste appris a été transmis.

Un jour, des lignes tracées ont évoqué une image dans l'esprit de celui qui traçait.

Un jour, quelqu'un d'autre a vu la même image dans les mêmes lignes.

Un jour, un début de langage a permis de raconter un récit.

Un jour, le sens du temps a permis d'élaborer sur ces récits.

Un jour, quelqu'un s'est reconnu dans un récit transmis.

Un jour, quelqu'un a modulé sa voix pour changer le récit.

Un jour, quelqu'un a utilisé le bruit d'un geste pour enrichir son récit.

Un jour, quelqu'un a fait des mouvements pour illustrer son récit.

Un jour, quelqu'un a tracé des lignes pour retenir les moments importants du récit.

Un jour, une famille, une tribu, un clan, un peuple, s'est reconnu dans les sons, les mouvements, les images, les paroles d'un récit.

Pour continuer de se reconnaître, cette famille, ce clan, cette tribu, ce peuple, a transmis ce récit, et plusieurs autres.

Beaucoup plus tard, des gens qui aimaient ces récits, ces chants, ces danses, ces tableaux, ces sculptures, ces comédies, ces tragédies, ont décidé de partager ce qu'ils considéraient comme un trésor de l'humanité avec le plus de leurs frères et sœurs humains possible, en espérant enrichir tout le monde, en espérant permettre au plus de personnes possible d'avoir l'occasion de se reconnaître aussi dans cette grande richesse commune.

Pour partager, ces gens ont créé des troupes, des théâtres, des musées, des écoles, ils ont parcouru les chemins et rencontré le public pour aller le chercher, parfois une personne à la fois.

Tous ces projets demandaient de l'argent, ce n'était pas facile.

Pourquoi?

Parce que l'art n'est pas, à première vue, aussi utile à la vie quotidienne que la chasse, la cueillette, la tonte des moutons, la traite des vaches ou des chèvres, la construction des maisons, le transport des marchandises…

L'art n'est pas "utile", mais il est essentiel à notre nature humaine, la seule espèce dans la nature qui ait le sens du temps, semble-t-il, et de la transmission des savoirs.

Mais pour bien transmettre, mais pour bien capter l'air de son temps, l'artiste doit être formé, étudier, travailler son art, pratiquer… et il doit aussi vivre, pendant ce temps, manger, dormir…

Certains seigneurs, voyant comment les artistes pouvaient transmettre une belle image de leur gouvernement, ont décidé d'appuyer des artistes, en échange de représentations favorables de leur pouvoir, de leurs réalisations.

Beaucoup plus tard, les royaumes ont grandi, puis ont disparu; les seigneurs de la terre ont été remplacés par les seigneurs de l'argent.

Les seigneurs de la terre devaient une protection à leurs sujets, en échange des pouvoirs qui leurs étaient accordés; tous leurs sujets.

Les seigneurs de l'argent ne doivent des comptes qu'à leurs actionnaires; personne d'autre.

Les seigneurs de l'argent ont aussi compris comment ils pouvaient contrôler l'image du monde qui était transmise à des peuples entiers, comment calmer, endormir, canaliser et sublimer les mauvaises humeurs; comment glorifier certaines valeurs, certains comportements…

Ils ont pris le contrôle de moyens de communication dont ne pouvaient même pas rêver les premiers artistes.

Ils donnent le spectacle de la réussite possible pour tous, pour masquer que, dans leur monde, la réussite est réservée à l'élite.

Ils donnent le spectacle de la justice, pour masquer que, dans leur monde, la justice n'est pas indépendante de leur pouvoir.

Ils donnent le spectacle de la liberté, pour masquer que dans leur monde les choix sont souvent très limités.

Ils donnent le spectacle de la démocratie, pour masquer à quel point ils contrôlent leur monde.

Ils donnent le spectacle de la culture, pour masquer qu'en fait ils l'ont dénaturée:

la culture veut transmettre des valeurs, élever l'esprit, faire se poser des questions, faire observer le monde avec d'autres yeux, mettre en relation les peuples et les générations…

Le spectacle de la culture veut divertir, altérer ou éliminer les valeurs contraires à l'ordre des seigneurs de l'argent, isoler chaque personne de plus en plus dans ses petites croyances, couper les liens, supprimer les ponts, en faisant semblant que tout le monde communie à la même grande messe médiatique, en faisant semblant que les objections sont permises…

C'est là que nous en sommes, je crois.

Nous avons des Journées de la Culture, qui ont un secrétariat permanent, je crois, où des gens employés à l'année préparent trois jours pendants lesquels des artistes bénévoles présenteront leur travail à des visiteurs qui ne paieront pas.

Nous avons un gouvernement libéral qui semble projeter de fermer les conservatoires de musique créés suivant une loi votée par un autre gouvernement libéral, autrefois.

Nous avons des disc-jockeys qui remplacent les musiciens, parce que la musique est devenue une marchandise plutôt qu'un acte…

Pourtant…

Un jour au fond d'une grotte, dans le sud de la France, j'ai vu un dessin de mammouth, sur une paroi… qui est là depuis des milliers d'années. J'ai senti l'humain qui l'a dessiné, même si ce n'était pas signé.

J'ai senti, à ce moment-là, l'universalité de l'art.

Collègues, confrères, consœurs artistes, continuons. C'est essentiel.

 

 

Montréal, 18 septembre 2014

 

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